par Alex Singleton.
Texte original (PDF) en anglais.
Texte de présentation en anglais.
Ci-dessous, une traduction française par l'AFUL
(avec l'aimable autorisation du
Globalisation Institute).
Neelie Kroes, le Commissaire Européen à la Concurrence,
a suggéré que dans un marché concurrentiel il devrait y avoir
une baisse significative des parts de marché
pour Microsoft Windows, en soulignant sa frustration
devant le fait que le marché des systèmes d'exploitation
ne semble pas encourager l'esprit de compétition.
Les dernières années ont certainement vu de l'innovation
sur le marché des hautes technologies
,
explique Mme Kroes, mais en grande partie
dans les domaines que Microsoft ne contrôle pas
.
Jusqu'ici, la Commission a concentré son action antitrust
sur les produits serveurs
de Microsoft
et sur la vente liée de Windows Media Player avec Windows.
Son succès du 17 septembre 2007
devant la Cour Européenne de Première Instance,
laquelle lui a donné raison dans son action antitrust contre Microsoft,
va enhardir la Commission
sur les questions de concurrence.
Si la Commission veut encourager un marché
dans lequel la vision de Mlle Kroes d'une vive concurrence active
se traduise dans les faits,
il est aujourd'hui nécessaire d'examiner
une question plus centrale :
le manque de choix pour le système d'exploitation
des ordinateurs de bureau.
Cette note estime que la réflexion de la Commission
sur le monopole du système d'exploitation de Microsoft
doit aboutir en toute logique
à une position en faveur du dégroupage
de Windows
d'avec les ordinateurs de bureau.
La grande majorité des ordinateurs vendus sont des produits grand public. Tant que les fabricants sont en concurrence sur le design et la réputation de leur marque, outre les spécifications, aucun d'entre eux, ni aucun sous-traitant, ne constitue l'unique choix pour les consommateurs. Les processeurs Intel rivalisent avec ceux d'AMD, la mémoire provient de nombreux fournisseurs, les disques durs proviennent d'une variété de fournisseurs comme Seagate, Hitachi, Western Digital, et ainsi de suite.
Il n'y a aucune raison pour qu'il n'y ait pas également de la diversité dans le domaine des systèmes d'exploitation. La concurrence sur le matériel n'empêche pas une large compatibilité : les fabricants de matériels suivent des normes (standards), qui évoluent avec le temps, comme SerialATA et USB, afin que les produits puissent fonctionner avec tous les ordinateurs. Lorsque de nouveaux composants fonctionnent d'une manière à laquelle les ordinateurs ne s'attendent pas, les constructeurs fournissent des pilotes pour s'assurer que leur matériel fonctionne avec tous les systèmes. Il y a une innovation significative dans le matériel - les joueurs attesteront des avancées féroces dans le marché des cartes graphiques. C'est la concurrence qui est est le principal moteur de l'innovation.
Mais su côté du logiciel, le client moyen qui entre dans un magasin PC Wolrd ou PC City, n'est pas en mesure d'acheter un ordinateur sans payer automatiquement MS-Windows. Le résultat est que les consommateurs qui, s'ils avaient le choix, opteraient pour un système d'exploitation moins cher, se retrouvent à acheter automatiquement le leader du marché.
Il n'y a pas de véritable concurrence entre les systèmes d'exploitation pour les ordinateurs grand public. La position dominante de Microsoft n'est pas dans l'intérêt du public. Il limite le marché et a ralenti le développement technique au préjudice des consommateurs.
Pourtant, les systèmes d'exploitation ne constituent pas un monopole naturel. De même que l'évolution des normes pour le matériel permet de combiner concurrence et compatibilité, de même, dans un marché concurrentiel des systèmes d'exploitation, il y aurait une large compatibilité entre les systèmes d'exploitation des différents concurrents.
Ou, pour le dire autrement, s'il existe dix gros vendeurs de systèmes d'exploitation, alors les éditeurs de logiciels indépendants vont écrire leurs logiciels à l'aide d'outils de codage et de bibliothèques de programmation qui permettront à leurs logiciels de fonctionner sur tous les systèmes plutôt que sur un seul. La concurrence encouragerait les normes ouvertes et l'interopérabilité dans la mesure où ces vendeurs, pour des raisons de concurrence, voudraient que leurs produits puissent interagir avec ceux des autres vendeurs.
Pour être clair, ce document se préoccupe délibérément du marché de l'informatique de base, où les produits sont destinés au marché de masse. Nous considérons le Mac comme un produit de niche de qualité supérieure, comme une télévision Bang&Olufsen, qu'il est difficile de justifier dans le monde des affaires en dehors du secteur de l'édition. C'est pourquoi nous ne pensons pas que le Mac, en dépit de ses prétentions de supériorité, constitue une véritable menace concurrentielle pour Microsoft.
Le monopole de Windows impose un coût supplémentaire à pratiquement toutes les entreprises de l'UE, puisque que le prix des systèmes d'exploitation baisserait dans un marché plus concurrentiel. En outre, il existe d'autres coûts : d'aucuns estiment que les dépenses de maintenance sont plus élevées pour Windows que pour d'autres systèmes d'exploitation, notamment lorsque l'on considère les failles de sécurité qui ont frappé les systèmes Windows. Encourager la concurrence aiderait les entreprises de l'UE à réduire leurs coûts.
Nous avons examiné plusieurs façons de donner aux consommateurs un choix dans le marché des systèmes d'exploitation. L'une était d'insister pour que les fabricants d'ordinateurs offrent toujours aux clients un choix de systèmes d'exploitation pré-installés. Cela fonctionnerait bien pour les achats en ligne, tels que les commandes en ligne avec des sociétés comme Dell, où les consommateurs seraient en mesure de choisir les options dans une liste. Toutefois, cela créerait des problèmes logistiques en magasin. Nous avons estimé irréaliste d'insister pour que les magasins aient en stock plusieurs versions de chaque ordinateur, au cas où les clients voudraient un système d'exploitation particulier.
Nous avons également imaginé insister pour que l'on donne aux clients la possibilité de garder ou non Windows au premier démarrage de leur nouvel ordinateur. Les clients recevraient ensuite un remise par chèque ou par virement bancaire. Toutefois, cela pourrait finir par être bureaucratique, et il pourrait y avoir débat sur la façon de calculer la remise.
Au lieu de cela, nous nous sommes convaincus que la meilleure façon d'aller vers la concurrence était tout simplement d'insister pour que les systèmes d'exploitation soient achetés séparément des ordinateurs de bureau et des portables.
Ceci, à notre avis, aurait un effet significatif sur la part de marché de Windows, en créant le marché concurrentiel que Mlle Kroes a appelé de ses voeux. Les consommateurs soucieux des prix, parmi lesquels de nombreux étudiants, opteraient pour des systèmes d'exploitation moins onéreux.
Nous ne pensons pas que ce serait plus complexe pour les consommateurs. On demanderait simplement aux consommateurs d'insérer un DVD de système d'exploitation au premier démarrage d'un nouvel ordinateur, qui se configurerait alors automatiquement.
Les fabricants seraient en mesure de pré-installer
sur leurs ordinateurs des pilotes de matériel particuliers
(éventuellement requis pour obtenir les meilleures performances),
et les fabricants pourraient toujours recommander
certains systèmes d'exploitation.
Il est probable que les fabricants de PC
en viendraient à se concurrencer
en énumérant les différents systèmes d'exploitation
dont il aurait été certifié
que leurs machines les fassent tourner correctement,
plutôt que d'indiquer la seule compatibilité avec Windows.
Microsoft pourrait avancer que cette mesure
augmenterait le piratage,
mais il est à noter que Windows possède déjà
une activation logicielle
qui empêche les utilisateurs d'installer le produit
sur plusieurs ordinateurs.
Des entreprises comme Adobe et Symantec réussissent fort bien
sans recourir au groupage pour empêcher le piratage.
La menace pour Microsoft
n'est pas tant que des consommateurs sensibles au prix piratent,
mais plutôt qu'ils basculent
vers des alternatives à moindre coût ou gratuites.
La recommandation de cet article est que la Commission Européenne devrait exiger que tous les ordinateurs de bureau et ordinateurs portables vendus dans l'UE soient vendus sans systèmes d'exploitation.
Depuis deux décennies, Microsoft a bénéficié d'un pouvoir monopolistique sur le marché des systèmes d'exploitation. Le Commissaire à la Concurrence a manifesté le désir de voir davantage de concurrence dans ce secteur. Le dégroupage favoriserait un marché concurrentiel, accroîtrait le choix des consommateurs et réduirait les prix.
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